TURQUIE

Le 18 mars 2016, l'Union européenne et la Turquie ont signé un accord pour empêcher au maximum les migrations vers l'Europe.

 

Le 19 juillet 2016, la Turquie fait face à une tentative de coup d'État. S'ensuit une répression extrême de la part de Recep Tayyip Erdoğan. Entre juillet et novembre, plus de 110 000 militaires, fonctionnaires, magistrat.e.s, enseignant.e.s et policier.e.s ont été renvoyé.e.s. 36 000 personnes ont été incarcérées. Pour libérer de la place dans les prisons le président a placé en liberté conditionnelle 38 000 criminels de droit commun. Environ 550 associations et plusieurs médias sont contraints de fermer. 

 

Les termes de l'accord avec l'UE, pour contenir les personnes en migration vers l'Europe demeurent inchangés. La Turquie ferme ses frontières et contrôle les passages vers la Grèce, empêchant la traversée de la mer Egée. En échange l'UE verse 3 milliards d'euros à la Turquie pour la gestion des personnes exilées, et à terme doit financer des projets pour les personnes bénéficiant de la protection temporaire en Turquie, à hauteur de 3 milliards d'euros également.

La Turquie n'a pas ratifié la Convention de Genève, elle ne reconnait le droit d'asile que pour les personnes venant d'Europe. Le statut de réfugiés n'est donc pas accordé aux personnes arrivant en Turquie depuis le Moyen-Orient ou l'Afrique (par exemple), l'État ne leur accorde qu'une "protection temporaire".

La situation des personnes exilées en Turquie et celle des personnes bloquées sur les îles grecques est terrible et dangereuse.

En janvier 2017, 865 personnes avaient été renvoyées en Turquie dans le cadre de l'accord, dont beaucoup d'enfants. 

Presque 3 millions de personnes exilées vivent aujourd'hui en Turquie. 10% d'entre elles sont dans des camps gérés par l'État. Les autres vivent dans des logements, souvent insalubres et dont le loyer a triplé depuis leur arrivée. 

Les personnes bénéficiant de la protection temporaire bénéficient d'allocations (financées à 85% par l'UE), créant des tensions avec les Turcs qui s'estiment défavorisés par rapport aux exilé.e.s. 

Beaucoup de ces personnes travaillent clandestinement dans des conditions épouvantables. Leurs salaires sont deux fois moins élevés que pour les citoyens turcs. Selon l'Unicef, 40% des enfants ne sont pas scolarisés. Une enquête de la BBC révèle que des entreprises, sous-traitantes de grand groupes comme Marks&Spencers ou Asos, exploitent des enfants exilés dans leurs ateliers textiles, certains travaillant jusqu'à 12 heures par jour. Des adultes sont aussi employés dans le même type d'ateliers de sous-traitants pour Mango ou Zara, dans des conditions atroces. *

Erdoğan a annoncé récemment la possibilité de naturaliser une partie des personnes exilées (30 000 pour commencer), en fonction de leurs diplômes, métier ou revenus. Ce qui fait craindre à l'opposition une manoeuvre afin de gagner un électorat nombreux et acquis. *

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* Revue XXI - numéro 38 printemps 2017 - Le mystère turc

Vu par l'autre côté :
Faits & chiffres par la fondation Robert Schuman, l'accord et ses implication
MSF dans l'Humanité
« 1 an après les migrant.e.s payent le prix fort »
Dans XXI : des Syriennes vendues
« La marieuse d'Antioche »
Arte, l'accord UE-Turquie :
« Une violation du droit international ? »
France Inter :
« Départs des premiers bateaux »
Toute l'Europe, bilan mitigé :
« L'accord en péril »

L'accord comporte 9 points :

  • Toutes les personnes ne demandant pas l'asile ou dont la demande a été jugée infondée/irrecevable et qui ont traversé la Turquie vers les îles grecques depuis le 20 mars 2016 seront renvoyés en Turquie. Le coût des opérations est pris en charge par l'UE. 

  • Pour chaque Syrien renvoyé de la Grèce vers la Turquie, un autre Syrien (plus "vulnérable") est envoyé dans de la Turquie vers l'UE, dans la limite de 72 000 personnes maximum, au delà le mécanisme sera interrompu. 

  • La Turquie et la Grèce doivent travailler en partenariat, notamment avec la présence de fonctionnaires de chaque pays s'installant dans l'autre, pour faciliter la mise en place de ces arrangements.

  • La Turquie doit prendre toutes les mesures pour éviter que de nouvelles routes de migration irrégulière ne s'ouvrent vers l'UE.

  • Une fois que les passages entre la Turquie et l'UE prendront fin ou auront diminué substantiellement et durablement, un programme d'admission sera activé. Les États de l'UE y contribueront sur une base volontaire.

  • Si la Turquie satisfait tous les critères, les citoyens turcs n'auront plus besoin de visas pour se rendre dans l'UE. 

  • L'UE doit accélérer le versement des 3 milliards d'euros alloué pour la gestion des personnes exilées en Turquie. Elle doit aussi financer des projets en faveur des personnes bénéficiant de la protection temporaire en Turquie, pour 3 milliards d'euros supplémentaires.

  • L'UE et la Turquie se sont félicitées des travaux en cours sur la modernisation de l'union douanière.

  • Ils ont confirmé la volonté de relancer le processus d'adhésion.

  • L'UE et la Turquie doivent coopérer pour améliorer les conditions humanitaires à l'intérieur de la Syrie, ce qui permettrait à la population locale et aux exilé.e.s de vivre dans des zones plus sûres.