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GRÈVE DE LA FAIM


12.04.17

Franck, Camerounais, 35 ans, CRA de Palaiseau

D'origine camerounaise, il est arrivé en France il y a onze ans et était titulaire d'un titre de séjour depuis six ans (le premier titre lui a été délivré en 2011), en 2016, sa demande d'obtention d'un titre de résident pour dix ans lui a été refusée, et son titre de séjour n'a pas été renouvelé.

Le 3 février 2016, il s'est vu délivrer une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) valable un an. Il a saisi un avocat, et à l'expiration de l'OQTF, le 3 février 2017, la préfecture ne l'a pas recontacté, ni convoqué pour faire un point sur sa situation et renouveler son titre.

Le 17 mars à 1h du matin, il a été interpellé en voiture à Ris-Orangis pour un excès de vitesse en état d'ébriété qu'il n'a pas contesté. Suite au contrôle de ses documents d'identité, il a été placé en garde à vue, auditionné dans l'après-midi, et envoyé au CRA de Palaiseau.

Dès son arrivée au CRA, il a contacté son avocat attitré. Au tribunal administratif de Versailles, la préfecture a renouvelé son OQTF et l'a assortie d'une interdiction d'entrée sur le territoire pour trois ans. Suite à l'intervention de son avocat, le magistrat a levé cette interdiction de territoire mais la détention en CRA a été maintenue.

Franck a deux enfants, qui sont nés et sont scolarisés en France. Cette décision lui a fait l'impression d'un acharnement. Il a le sentiment d'une grande injustice : il travaille, cotise, mais depuis le non-renouvellement de son titre de séjour il ne pouvait toucher les aides sociales. « Onze ans sur un territoire, c'est pas onze jours ! ».

Le samedi 15 avril, il comparaîtra devant la cour d'appel d'Evry pour contester sa rétention; soit il sera maintenu au CRA pour 45 jours, soit il sera libéré.

Depuis son arrivée au CRA, il a refusé trois fois de se rendre à l'ambassade du Cameroun. Si sa rétention est maintenue, il craint qu'on ne l'y emmène de force.

Il dénonce le fait que les détenus du CRA ne soient pas prévenus de la date de leur départ et ne connaissent jamais les raisons pour lesquelles ils sont appelés par les fonctionnaires – pour recevoir une visite ou pour être emmenés à l'aéroport. Les expulsions peuvent se faire très tôt le matin, et les détenus n’ont qu’à peine le temps d’enfiler une paire de chaussures. « La personne devrait avoir le droit de savoir.»

Il a entamé une grève de la faim il y a huit jours pour dénoncer cette situation d'incertitude permanente, et l'injustice qui lui est faite. Son avocat ne sait pas qu'il fait grève – il lui en parlera samedi avant son procès – et le fonctionnaire du CRA à qui il a fait part de sa décision a tenté de l'en dissuader, affirmant que le procureur "s'en foutait". « Le jour où quelqu'un crèvera, peut-être que vous vous en préoccuperez », a répondu Franck. Initialement, ils étaient trois à faire la grève de la faim, chacun pour des revendications personnelles qui se résument tout de même à une même exigence: sortir du CRA. C’est la revendication principale de Franck : « J’aimerais être un papillon », nous dit-il.

C’est cette privation de liberté qu’il dénonce, davantage que les conditions matérielles de vie en CRA. D'après Franck, il n'y a pas de violence de la part des fonctionnaires du CRA. Mais le seul fait d'être enfermé fait que « certains craquent, finissent par donner leur passeport et accepter de repartir chez eux.»

Depuis le début de la grève, d'autres détenus l'ont suivi mais se sont finalement désistés – Franck estime qu'à présent ils sont quatre.

Depuis qu'ils ont notifié la grève aux fonctionnaires du CRA, il n'ont pas reçu davantage de suivi médical – s'étant plaint, mardi, de mal de dos, il n'a reçu de l'infirmière qu'un cachet de paracétamol.

« Écrivez, faites toute une bibliothèque de ça [les témoignages], publiez-le », concluait-il.


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