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À PARIS


« Il n’y aura plus personne dans la rue à la fin de l’année » (déclaration du Président)

Le 18 août a eu lieu à Paris la 35ème évacuation de campement depuis 2015. Environ 2 500 personnes dormaient dehors Porte de la Chapelle, dont une soixantaine de femmes et une vingtaine de mineurs. Environ 500 personnes ont été installées dans un complexe sportif du XVème, au grand dam du maire LR de l’arrondissement, Philippe Gougon, qui a envoyé une lettre à ses administrés, se plaignant de n’avoir pas été prévenu officiellement. Les autres ont été orientées vers des gymnases en banlieue. Dès leur arrivée sur ces lieux leur situation administrative a été examinée. Des agents de l’Ofii étaient présents pour proposer l’aide au retour.

Suite à cette évacuation, un dispositif policier ultra répressif a été mis en place afin d’empêcher toute réinstallation aux abords du centre. Le prétexte est toujours le même : éviter « l’occupation indue de l’espace public avec du matériel ». Il y a maintenant des agents armés dans la rue, et des fourgons de CRS tout autour du centre.

Environ une cinquantaine de personnes continue d’arriver à Paris tous les jours.

Michel Cadot, préfet de la région, a expliqué qu’il voulait des solutions qui permettraient de traiter la situation des personnes exilées “par petits groupes”.

Cette volonté se traduit sur le terrain par une répression et un harcèlement systématiques de la part des policiers. Les personnes dormant dehors sont sans cesse réveillées, obligées de chercher des endroits toujours plus cachés, éloignés, isolés et dangereux. Une dispersion qui complique les maraudes et l’accès à l’information juridique délivrée par les associations.

Les distributions de repas sont régulièrement entravées, pour éviter des “points de fixation”. L’accès aux soins n’est pas garanti. Avec cette même visée, les forces de l’ordre ont empêché Médecins du Monde de soigner des personnes présentes près de Porte de la Chapelle. L’association a dénoncé une « politique de chasse à l’homme délibérée, visant à repousser les migrants pour les éloigner et les rendre invisibles » et une volonté d’empêcher tout regroupement en « pratiquant un harcèlement systématique auprès des migrants ».

La Chapelle en Lutte relaye le témoignage d’un homme ayant subi et vu ces violences dans la rue à Paris.

Cet été, à Jaurès, la mairie de Paris a grillagé – pour dératisation – l’escalier où le BAAM donnait des cours de Français et où de nombreuses personnes pouvaient avoir accès à un apprentissage gratuit et ouvert de la langue.

Un site a été créé afin de recenser les dispositifs urbains “anti-migrants”.

Devant FTDA (guichet d’enregistrement de demande d’asile à Paris), les CRS continuent de gazer et frapper trop fréquemment les personnes qui attendent pour entrer (souvent depuis des heures et des jours). Le soir ils interviennent pour évacuer la rue, contrôler ses abords et disperser les personnes présentes, justifiant leur intervention par des “plaintes de voisins importunés”.

Centres

Début Septembre, Emmaüs Solidarité a menacé de ne pas ouvrir les portes du centre de Porte de la Chapelle, la semaine suivante, si l’État ne s’engageait pas à ouvrir des places d’hébergement. Le dispositif est bloqué, dans l’impossibilité de trouver des places dans des centres plus “pérennes”, les demandeur.se.s d’asile restent au centre de Porte de la Chapelle, ralentissant les admissions de nouvelles personnes.

Après Médecins du monde au printemps, c’est maintenant Utopia56 qui a annoncé son retrait du centre de Porte de la Chapelle. L’association dénonce l’ingérence de l’État et sa politique de tri, les « situations administratives kafkaïennes » et le harcèlement policier à Paris. Elle souligne le problème du CESA (Centre d’Examen de Situation Administrative), créé pour le centre et toujours dénoncé par les associations et collectifs, piège administratif qui, en organisant un tri en amont de l’enregistrement de la demande d’asile, empêche l’accès à ce droit et aux recours juridiques, et favorise les expulsions.

En septembre l’État a annoncé l’ouverture de trois centres en Ile-de-France, d’une capacité d’environ 200 à 500 places chacun. Appelés “centres de pré-orientation”, ils devraient offrir un “accueil inconditionnel”, couplé de maraudes pour inciter les personnes à la rue à s’y rendre. En fait le dispositif va être calqué sur le CESA ou les CAES (voir plus bas, En région - À Calais), instaurant dès l’arrivée des personnes un « examen vigilant de leur situation ». Le préfet rappelle que le but est de créer un système où les personnes seront « regroupées selon la nature de leur dossier » (donc risqué pour les personnes dublinées ou déboutées, qui pourront être expulsées plus facilement).

Le premier de ces centres devait ouvrir début octobre. Si la préfecture a le lieu, elle n’a toujours pas d’opérateur pour faire les maraudes et “trier” les personnes.

Lire l’article de Maryline Baumard, accompagné d’une carte interactive des campements de rue à Paris depuis février 2016.


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